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Diviomètre

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1 Diviomètre le Mer 27 Oct - 11:23

Christian Guillermet


L'article dans le Bien Public : www.bienpublic.com/fr/images/getnc.aspx?iMedia=24612501

Le texte d'origine :
Le Diviomètre

La porte Guillaume a perdu tout intérêt pour les Dijonnais. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas moi qui le dis. Henri Chabeuf, à la fin du 19ème siècle, écrivait déjà : « ... rien de plus insignifiant aujourd'hui que la porte Guillaume ; pas une inscription, pas un emblème, pas une pierre qui parle au souvenir et évoque une pensée : c'est le plus muet de tous les monuments de Dijon » . Ou encore Eugène Fyot en 1918 : « la Porte Guillaume, […], se présente à l'heure actuelle comme un monument énigmatique ou du moins sans signification précise... » . Et Eugène Fyot de proposer de faire, de ce monument mort, un Monument aux morts. Je propose d’élever à sa place un Diviomètre. Procédons sans crainte et dans le respect des règles de l’art.
Hommage et préservation du patrimoine
Pas question bien sûr d’abattre la Porte Guillaume sans égards ni ménagement comme ce fut le cas de sa vénérable ancêtre, encore moins de la dynamiter comme une vulgaire barre. Non ! On convoquera le meilleur entrepreneur de la ville pour qu’il démonte précautionneusement l’édifice pierre après pierre. Chacun des blocs sera ensuite confié à la scie experte d’un maître-tailleur de pierre qui mettra toute son expertise à découper chaque bloc en petits pavés, de tailles certes variables, mais aux proportions réglées par le nombre d’or. On aura soin évidemment de recueillir dévotement la poussière de sciage. Pour prévenir toute tromperie et décourager les escrocs, chaque pavé sera authentifié par Monsieur l’Architecte des Bâtiments de France qui apposera son sceau et sa signature, à l’encre indélébile, sur chaque pavé. Tout ce travail, de longue haleine sans doute, se fera Place Darcy, au vu et au su de tous. Quelle belle leçon de choses pour les élèves de nos écoles ! Quelle belle leçon de civisme patrimonial pour chacun d’entre nous !
Valorisation du patrimoine
Une vente en plein air, sur toute la Place Darcy, s’ouvrira alors. Chacun pourra se porter acquéreur, qui d’un seul pavé, qui d’une centaine ou davantage, selon ses capacités contributives car il s’agira de recueillir le plus d’argent possible pour édifier le nouveau monument. Moyennant un supplément de prix, chaque pavé ou chaque lot pourra recevoir la bénédiction de Monseigneur l’Evêque de Dijon ou de tout ministre d’un autre culte. Chacun fera de son trophée l’usage qu’il voudra, selon ses penchants et son imagination. Chaque pavé pourra, par exemple, voisiner sur le manteau de la cheminée en harmonie avec une vieille lampe à pétrole ou être lancé sur une cible quelconque. Les acquéreurs plus fortunés pourront faire construire avec leurs pavés l’édifice de leur choix. [Je suggère vivement d’opter pour la fabrication de niches à chien car la variété des modèles possibles n’aurait de limites que celles de la fantaisie et des goûts du propriétaire : réplique de Versailles et du Palais des Ducs pour les traditionnalistes ou de l’Opéra de Sydney et du musée Guggenheim de Bilbao pour les modernistes. La poussière de sciage précieusement conservée pourra fort opportunément être mise en œuvre, par moulage avec une résine, pour obtenir de belles figurines, des chiens en pierre reconstituée par exemple].
Le moment viendra enfin où la place Darcy sera vide, la perspective depuis la rue de la Liberté dégagée et les caisses délicieusement pleines.

L’emblème de Dijon : le Diviomètre
Puisque les érudits nous disent qu’on a cultivé la vigne aux pieds de la Porte Guillaume jusqu’à la Révolution française , il est bien naturel d’élever à cet emplacement un monument à la gloire du vin, qui deviendra vite l’emblème de Dijon : un faisceau de trois verres à vin à long pied. Chaque verre aura une forme différente (tulipe, Inao, etc.) et sera rempli d’un liquide différemment teinté : rouge, rosé et jaune. Les trois couleurs des Bourgognes, la promesse d’une communion sous les trois espèces.
Le pied de chaque verre laissera passage à des fibres optiques qui conduiront la lumière jusqu’au sommet, éclairant ainsi le liquide la nuit. On pourra aussi, à loisir, y voir comme un bouquet de fleurs. Bien que résistantes, les tiges seront évidemment flexibles si bien que les verres ne seront jamais vraiment au repos. Par petite brise, ils frémiront en émettant un doux bruit cristallin comme lorsqu’on tourne son doigt mouillé sur le bord d’un verre ; que le vent fraîchisse et ils oscilleront franchement jusqu’à s’entrechoquer joyeusement par vent fort, comme lorsque l’on trinque. La puissance du son nous dira la force du vent.
Par temps sec, les niveaux baisseront dans les verres alors qu’en période de pluie ils monteront jusqu’à déborder parfois, et le Bien Public de titrer : « A Dijon, la coupe est pleine ! » ; la neige persistante transformera nos verres en coupes Chantilly. Comme le Jacquemart témoigne du temps qui passe, le Diviomètre témoignera du temps qu’il fait.
Au bout du compte, la Porte Guillaume qui ne sert à rien aura été remplacée par un Diviomètre qui ne sert pas à grand-chose. Un petit pas quand même…


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